Avec Le féminisme ou la mort, les éditions du passager clandestin rééditent l’un des textes fondateurs de l’écoféminisme en France : Françoise d’Eaubonne, militante féministe et écologiste, serait même l’inventrice de ce concept dans les années 1970.
Cet essai, publié pour la première fois en 1974, c’est-à-dire quelques mois avant la légalisation de l’IVG et le remboursement de la pilule contraceptive, est radical pour son époque. Il va au-delà du courant du féminisme matérialiste en faisant le lien entre l’oppression des femmes et la destruction de la nature.
Pour Françoise d’Eaubonne, la société patriarcale et capitaliste est responsable de la « démographie galopante » (p. 271) parce qu’elle s’est approprié la fécondité féminine et a réduit les femmes à leur fonction reproductrice. Mais elle est aussi responsable de la destruction de la nature puisqu’elle s’est approprié la fertilité de la terre et qu’elle se fonde sur l’accumulation des richesses, la surproduction et le profit en faveur des pays dominants.
Ainsi, pour l’autrice, la libération sexuelle répond à une double problématique : elle permettrait d’obtenir l’émancipation féminine, d’abolir le pouvoir patriarcal et l’hétéronormativité, mais aussi de faire la « grève de la procréation » (p. 14), de freiner la croissance démographique à l’heure où de plus en plus de régions deviendront bientôt inhabitables. En fin de compte, les intérêts des femmes en tant que classe sociale vont dans le sens de ceux de l’humanité, alors que, pour le dire clairement, « si la société mâle perdure, il n’y aura plus demain d’humanité » (p. 317).
Même si l’on peut regretter l’européocentrisme de cette analyse et l’occultation du colonialisme, comme le soulignent les préfacières Myriam Bahaffou et Julie Gorecki, le texte de Françoise d’Eaubonne est édifiant pour mieux comprendre les origines et l’histoire de l’écoféminisme.
Lysiane, libraire alterlibriste